À 2 243 mètres d’altitude dans les hauts-plateaux du Sri Lanka se trouve le Pic d’Adam (Adam’s Peak) appelé également Sri Pada qui signifie empreinte sacrée. Pour les chrétiens, c’est le premier endroit où Adam a foulé le sol. Pour les bouddhistes, il s’agit de l’empreinte de pied laissée par Bouddha. Pour les hindouistes, c’est celle de Shiva. Quoi qu’il en soit, cet endroit est un lieu de pèlerinage depuis plus d’un millénaire. D’ailleurs, la saison où affluent les pèlerins a débuté avec la première Poya (pleine lune) de décembre. Nous ne serons donc pas les seuls à grimper la montagne. Au programme, 5 450 marches à gravir. Non, nous ne les avons pas comptées mais on croit tout ce qu’on nous dit sur parole ;).
Afin de pouvoir être au sommet au lever du soleil, nous devons nous lever en pleine nuit. À 2 h 15, nous ouvrons difficilement les yeux car le sommeil fut de courte durée et de surcroît, des chiens aboyaient sans cesse juste devant notre porte et un joyeux petit rongeur tournait autour de notre filet moustiquaire. En sortant, on aperçoit de beaux néons fluorescents – nous pensions que ce serait de jolies lanternes ! – éclairant le sentier dans sa totalité.
Environ 7 km séparent le sommet de Dalhousie (prononcer Delhouse), là où débute l’ascension. En cette heure plus que matinale, le village est endormi. Il n’y a pas âme qui vive sur le sentier car nous sommes partis volontairement un peu plus tard que les autres marcheurs. Au début, la montée se fait plutôt légère mais après une trentaine de minutes de marche, le sentier devient plus abrupte. Les inégales marches sont parfois assez hautes et notre souffle se fait plus rapide. En cours de route, quelques marchands vendent du thé et des trucs à manger. Nous continuons et nous arrivons à la hauteur de marcheurs haletants. Nous poursuivons d’un pas lent mais constant. Plus nous avançons, plus il y a de monde. Enfin, nous atteignons le sommet à 5 h 00 après 2 h 15 de marche. À l’arrivée, jeunes et moins jeunes se massent pieds nus près du temple coiffant le sommet du Pic d’Adam, emmitouflés dans leurs laines polaires, foulards et manteaux. Le spectacle débute à 5 h 45 par le lent lever de soleil pendant que dans la direction opposée, nous pouvons admirer l’ombre de la montagne. Nous avons de la chance d’avoir un ciel dégagé car ce ne fut pas le cas dans les jours précédant notre randonnée.
2 h 00 plus tard, la plupart des touristes ont quitté le sommet mais il reste une centaine de pèlerins qui se prosternent. Pendant que des moines récitent des prières, nous sommes témoins d’une scène assez particulière soit celle d’une femme entrant en transe. À genoux, elle se prosterne sans arrêt et en y mettant de plus en plus de vigueur. Son inhabituelle ardeur la mène droit au sol et elle se met à rire d’un air totalement absent. De voir ce phénomène se dérouler sous nos yeux est tout de même assez captivant. Même son entourage semble dérouté !
Le retour vers notre point de départ se fait d’un pas rapide. Après plus de deux mois d’inactivité physique, nos jambes n’en peuvent plus. Au moment d’écrire ces lignes, cinq jours plus tard, nos mollets nous font encore la gueule !



















